UBS et le lobby économique : comment les banques suisses évitent de socialiser leurs pertes après la chute de Credit Suisse

Après l’effondrement de Credit Suisse Group AG en 2023, un nouveau conflit s’est déclenché autour des responsabilités financières des institutions bancaires. Le gouvernement suisse propose une mesure visant à forcer UBS à porter davantage d’impacts sur ses filiales étrangères, mais l’entreprise et son réseau économique ont lancé un mouvement inédit pour réduire cette charge en privilégiant un partage équitable des risques entre le capital propre (CET1) et les obligations moins coûteuses (AT1).

Les calculs officiels indiquent que la version gouvernementale augmenterait la demande de CET1 pour UBS d’environ 20 milliards de dollars. Cependant, compte tenu des réserves actuelles, le déficit réel n’excède pas 9 milliards au 1er janvier 2026. La Banque nationale suisse soutient que cette couverture « est ciblée et proportionnée », car UBS dispose déjà d’un fonds suffisant pour répondre aux exigences réglementaires.

Cette discussion s’inscrit dans un contexte historique marqué par l’intervention étatique lors des crises passées. En 2023, le gouvernement avait promis jusqu’à 100 milliards de francs suisses en garanties pour Credit Suisse et 9 milliards à UBS. Ces mesures ont été résiliées sans aucun impact financier sur l’État, qui a même encaissé environ 200 millions d’excédent.

Les entreprises suisses mènent actuellement une campagne intense au Parlement pour alléger les obligations réglementaires. Des rapports récents montrent que les banques et organisations économiques ont versé près de 4,4 millions de francs suisses aux partis politiques en 2025 — un chiffre représentant plus du double des contributions d’UBS (786 000 francs). Bien qu’il n’existe pas de preuve tangible d’influence illégale, cette dynamique souligne clairement le rôle stratégique des acteurs financiers dans la formulation des lois.

Le Parlement suisse doit désormais trancher : quel pourcentage de risque UBS devra endosser aujourd’hui pour éviter que l’État ne soit confronté à une future charge excessive ? Une décision qui pourrait non seulement stabiliser les mécanismes bancaires, mais aussi redéfinir la manière dont les pertes sont partagées entre les entreprises et l’Etat dans un système en constante émotion.