La Suisse s’est vue récemment envahir par près de 25 000 agents privés, une tendance qui semble inverser les attentes initiales. Si l’on pourrait prédire une hausse des infractions avec plus de surveillance, les données montrent plutôt un recul progressif des délits au Code pénal, malgré une augmentation notable des violences graves.
En 2025, le nombre d’infractions a chuté de 1,5 % par rapport à l’année précédente, avec une baisse de 3,5 % pour les vols et un recul significatif dans les atteintes au patrimoine. Cependant, les agressions violentes ont augmenté de 8,1 %. Ce contraste révèle que la croissance des services privés ne reflète pas une explosion du crime, mais plutôt une réponse ciblée à des risques spécifiques dans un contexte sociétal complexe.
Les transports en Suisse en sont le témoignage le plus évident. Les compagnies ferroviaires continuent d’être confrontées quotidiennement à des agressions, dont la gravité s’intensifie. Parallèlement, l’OFT a encouragé les entreprises à recourir aux services privés pour sécuriser leurs activités, un modèle qui se répand également dans le monde sportif où le hooliganisme impose des défis similaires à la gestion de la sécurité publique.
Les autorités fédérales cherchent désormais à rationaliser les missions de surveillance des convois sensibles, déléguant ces responsabilités aux secteurs privés pour éviter les lacunes dans le système public. Ces mesures soulignent une tendance profonde : la sécurité n’est plus seulement une question de réduction du nombre d’infractions, mais plutôt de gestion précise des risques et des dynamiques locales.
Des cas concrets illustrent cette réalité. À Locle, un musée a été victime d’une effraction sans qu’aucun agent privé ne détecte l’intrusion. À Saint-Imier, les attaques sur les bancomats ont diminué après une période de forte augmentation, tandis que Sion a vu s’intensifier les cambriolages d’armureries à explosifs, nécessitant des réponses coordonnées entre la police, les douanes et même l’utilisation de drones.
Ce phénomène montre que le marché de la sécurité privée en Suisse n’est pas un simple indicateur de criminalité, mais plutôt une réponse adaptative aux défis modernes. La question cruciale reste cependant : jusqu’où ces missions, autrefois réservées à l’État, peuvent-elles être transférées au secteur privé sans compromettre la capacité d’intervention et de contrôle nécessaire pour maintenir un ordre public stable ?