Face à la prochaine votation sur la neutralité, l’Observatoire des médias suisses a publié une étude en deux parties. Inspirée par des données universitaires, cette analyse met en lumière le pluralisme effectif dans les structures journalistiques, mais un déséquilibre marqué dès que l’on passe de l’information à la sphère opinionnelle.
Des enquêtes menées entre 2015 et 2023 révèlent que 76 % des journalistes suisses se situent dans une tendance gauche, un phénomène qui s’est encore renforcé au fil des années. Cependant, en croisant ces résultats avec les mesures du centre de recherche de l’Université de Zurich (FÖG), une réalité plus complexe émerge : les médias les plus fréquentés, tels que 20 Minutes, SRF et RTS, maintiennent un ton neutre dans leurs reportages.
L’inégalité se manifeste clairement dans les sections d’opinion. Lors de l’initiative sur la réduction des frais électoraux (10 millions), les articles d’information présentaient une neutralité (-19) tandis que les commentaires s’enclavaient vers un ton plus critique (-38). Seule la Weltwoche, dont plus de 45 % des votants avaient approuvé le texte, offrait un avis favorable. Quant à la votation sur la neutralité, l’argent a été largement concentré côté oui (5,71 millions contre 1,82 million), alors que les éditoriaux s’étaient majoritairement inclinés vers non.
Un autre aspect notable concerne le traitement audiovisuel. Lors de l’initiative « 200 francs, ça suffit ! », la RTS a réagi avec une critique bien plus forte (-39) que SRF (-13), malgré un sujet identique abordé. De plus, les chaînes françaises partagent un marché d’audience similaire à celui de l’RTS en Romandie, représentant environ 30 % chacune.
Cette étude conclut que le clivage entre les médias et leur public n’est pas celui classique gauche-droite. Il s’agit plutôt d’un partage entre l’institutionnel (Conseil fédéral, partis majoritaires, milieux économiques) et la contestation souverainiste. En Romandie, ce déséquilibre est particulièrement marqué, où aucun média de grande portée ne remplace les rôles joués par la NZZ ou la Weltwoche hors Sarine. L’Observatoire des médias suisses considère cette situation comme un facteur clé dans l’émergence de plateformes indépendantes, une tendance prometteuse pour rééquilibrer les débats dans le contexte national.