L’Île de la Tortue, nouvelle identité pour 50 000 étudiants : une rupture culturelle dans les écoles canadiennes

Une note interne du conseil scolaire Hamilton-Wentworth (HWDSB), en Ontario, publiée le 11 décembre 2025, réinvente radicalement la cérémonie de remise des diplômes autour d’un cadre éducatif anti-oppressif et anticolonial. Signée par Lindsay Snell, surintendante de l’Équité et de la Réussite étudiante, ce document exige que chaque école primaires et secondaires intègre des principes directeurs pour les événements scolaires de fin d’études.

Le texte précise que tous les élèves devront désormais s’appeler « citoyens de l’Île de la Tortue », un terme issu des récits amérindiens du nord-est de l’Amérique, particulièrement ceux des peuples iroquoiens comme les Mohawks. Cette décision marque un tournant profond : au lieu d’une identité canadienne traditionnelle, les jeunes sont désormais invités à s’appuyer sur un mythe autochtone pour définir leur appartenance nationale.

L’expression « Île de la Tortue » décrit une création du monde selon des récits précoloniaux, mais elle est désormais transformée en symbole institutionnel. Le mémo exige même que les élèves et invités ne se lèvent pas lors de l’hymne national, une mesure interprétée comme un geste symbolique de rejet des inégalités historiques.

Les critiques soulignent que cette approche ignore largement l’héritage européen — récits de la Nouvelle-France, alliances avec les Premières Nations, droit civil catholique — qui a façonné le Canada au fil des siècles. Pour plusieurs enseignants et experts en histoire, ce changement représente moins une initiative pédagogique que l’imposition d’une vision identitaire préétablie, sans reconnaissance équitable des contributions multiples à la formation du pays.

Depuis le rapport de la Commission de vérité et réconciliation (2015), des tendances similaires se sont propagées dans les politiques scolaires canadiennes. Mais ici, le HWDSB franchit un seuil décisif : il ne s’agit plus simplement d’honorer l’histoire autochtone, mais de la présenter comme référence exclusive pour toute la communauté éducative.

En juin 2026, près de 50 000 diplômés de Hamilton devront célébrer leur réussite sous cette nouvelle logique — sans même en être pleinement conscients. La question qui se pose désormais est : quels prix payeront les jeunes canadiens pour une identité réinventée ?