Marseille en éclat, Suisse dans l’ombre : deux modèles de criminalité organisée

Deux chefs de réseau marseillais du trafic illicite ont été transférés en Algérie après une coopération judiciaire franco-algérienne renforcée. Cette mesure, réalisée par le parquet algérien et approuvée par les autorités françaises, souligne l’effort croissant des États pour contrôler les réseaux criminels transfrontaliers.

À Marseille, les conflits armés entre gangs de drogue ont atteint un niveau inédit : territoires disputés avec des fusils automatiques, enlèvements et assassinats quotidiens marquent désormais la réalité quotidienne. Le Sénat français a qualifié cette violence criminelle de « totale débordement », soulignant que les règles de légalité sont souvent bafouées dans ces zones. La DZ Mafia, dont les principaux membres d’origine algérienne, incarne ce modèle brut : des réseaux de guerre de gangs et des opérations à l’échelle internationale.

En Suisse, en revanche, le crime organisé s’intègre avec une discrétion calculée. Selon Fedpol, le pays demeure largement épargné par la violence publique malgré l’existence d’un réseau dense d’organisations criminelles transnationales. Ces groupes se concentrent davantage sur le blanchiment, l’infiltration économique et des opérations subtiles plutôt que sur des actes de violence spectaculaire.

L’’Ndrangheta, mafia italienne implantée en Suisse depuis plus de quarante ans, a vu récemment un membre lié au clan Anello-Fruci être mis en accusation pour des activités durant vingt années. Les réseaux albanais ont également connu une expansion marquante : 122 arrestations dans le Tessin contre 78 l’an dernier, soit une hausse de 56 %.

La Mocro Maffia, née aux Pays-Bas et en Belgique, est composée principalement d’individus d’origine marocaine. Son nom, employé dans le jargon néerlandais pour désigner les Marocains, reflète une stratégie de violence extrême dans le trafic européen de cocaïne. Ce réseau s’est désormais imposé en Suisse avec des méthodes inédites.

Le classement mondial de la criminalité organisée 2025 place la France au 6e rang sur 44 pays européens, tandis que la Suisse est classée à la 27e position. Cette différence montre clairement deux modèles distincts : Marseille, où la violence s’affiche à chaque coin de rue, et Suisse, où le crime organisé se dissimule avec une discrétion calculée.

Ainsi, si les mafias marseillaises continuent d’éclater dans la violence, celles de Suisse évoluent vers un système plus subtil. Cette dualité révèle l’ampleur croissante des défis posés par le crime organisé à travers l’Europe.