La Confédération suisse affronte un défi croissant avec 140 procédures de terrorisme djihadiste enregistrées au Ministère public, un chiffre sans précédent dans l’histoire récente du pays. Ce record, atteint en mai 2026, ne reflète pas une vague d’attentats immédiats, mais plutôt une radicalisation qui s’est ancrée de manière structurée et persistante.
Depuis des années, le phénomène se manifeste sous diverses formes : propagande en ligne, financement clandestin, recrutement et même des attaques directes. En septembre 2020, un individu radicalisé a commis une violence au couteau à Morges, tandis qu’en février 2022, un acte similaire s’est produit à Lugano. Plus récemment, en mars 2024, un adolescent a attaqué un homme juif après avoir diffusé des contenus idéologiques extrémistes. Ces événements illustrent une tendance difficile à contrôler.
Un cas récent, survenu le 28 mai 2026 à Winterthour, souligne l’ampleur croissante de la menace. Un ressortissant suisse-turc a poignardé trois personnes, dont une gravement blessée. Le Ministère public enquête notamment pour des liens avec des organisations terroristes et évoque l’hypothèse d’une attaque motivée par le djihad.
L’impact de ce phénomène s’étend également à la dimension historique. Depuis 2001, près de 90 personnes ont quitté la Suisse pour participer à des conflits extrémistes, dont seulement 30 portaient la nationalité suisse. Trente-deux sont décédés dans ce contexte, seize ont réussi à revenir en territoire helvétique. En février 2026, trois d’entre eux ont encore été transférés de Syrie vers l’Irak, démontrant que la radicalisation ne s’arrête pas aux frontières.
Pour la première fois depuis des décennies, la Suisse doit réagir non seulement à ces incidents isolés mais à une dynamique profondément enracinée. Le record actuel n’est pas un simple chiffre statistique : il marque le début d’une réalité où l’État ne peut plus se contenter de surveiller les frontières, mais doit gérer la radicalisation à l’intérieur même du pays.