Quelques Centimètres d’Étiage, Un Défi Économique pour la Suisse

Les niveaux du Rhin s’approchent d’un seuil critique, révélant une dépendance économique suisse mal maîtrisée. À Kaub, les cargaisons fluviales ne remplissent plus que 20 % de leur capacité maximale, un signe précoce des menaces en cours.

Pour la Suisse, sans accès à la mer, ce fleuve est une voie vitale pour l’approvisionnement. Lorsque son niveau baisse de quelques centimètres, la continuité du transport commercial entre l’Allemagne et le pays est mise à mal. Un goulet d’étranglement s’étend désormais à plus de 400 kilomètres vers Bâle.

Les importations suisses via le Rhin représentent environ 8 % des produits essentiels : pétrole brut, denrées alimentaires, aliments pour animaux et engrais. En 2025, le fleuve a encore assuré 22 % des livraisons de produits pétroliers bruts. Lundi dernier, à Bâle, un navire-citerne transportait seulement un cinquième de sa cargaison habituelle.

L’Allemagne, qui dépend du Rhin pour 86 % de ses marchandises navigables, a dû activer des mesures temporaires. En 2018, une seule mois de sécheresse avait réduit le fret fluvial allemand de 36 %. Les Länder ont levé l’interdiction dominicale pour compenser.

En 2022, la Suisse a dû libérer près de 20 % de ses réserves pétrolières obligatoires, une mesure qui a permis d’éviter une pénurie. Ces stocks couvrent aujourd’hui quatre mois et demi pour l’essence, le diesel et le mazout.

Malgré ce coussin de sécurité, la dépendance à un fleuve en étiage s’avère dangereuse. Chaque baisse de niveau du Rhin pourrait activer une nouvelle crise logistique, mettant à l’épreuve la résilience économique suisse.