Au cours des dernières semaines, une série d’initiatives répressives a secoué le paysage médiatique européen. En France, l’autorité régulatrice Arcom a menacé CNews avec des amendes massives après des déclarations d’un journaliste russe en 2025, tandis que Xenia Fedorova, chroniqueuse expulsée sans procès, attend toujours la réponse à une question cruciale : où se situe l’ingérence ?
Cette dynamique s’étend bien au-delà de Paris. En Roumanie, une présidentielle a été annulée en raison d’une allégation d’influence russe via TikTok, alors que la Suisse reproduit ce phénomène en silence : son service public de presse contrôle les débats sans même s’en rendre compte.
L’Observatoire du journalisme (OJIM), dont le président Claude Chollet a récemment éclairé cette situation, estime que ces mesures ne sont pas isolées mais appartiennent à un processus plus large. « Le verrouillage médiatique n’est plus un phénomène réglementaire », explique-t-il. « C’est une action systémique qui élimine les voix critiques pour préparer l’avenir politique. »
Les premières victimes sont déjà visibles. L’Arcom a puni CNews de 200 000 euros, tandis que des médias en ligne subissent des sanctions préventives sous le DSA (Digital Services Act), loi européenne qui vise à réduire les risques d’escalade. Le président de l’OJIM souligne qu’en cas de défaillance du système, l’élection de 2027 pourrait être la première à subir un verrouillage total.
« Ce n’est pas la concentration des médias qui est problématique », ajoute Chollet. « C’est le ciblage des rédacteurs selon une logique politique, non démocratique. Quand on ne peut plus discuter librement, on ne peut plus décider à l’avenir. »
Le risque n’est pas de se retrouver dans un pays sans médias, mais d’un pays où les médias sont déjà condamnés par leur propre existence.