En Suisse, un phénomène contre-intuitif trouble les attentes : les loyers immobiliers se réduisent de 3,8 % à moins de 700 mètres d’un centre d’accueil pour migrants. Des analyses menées entre 2004 et 2014 sur près de 155 000 annonces révèlent que cette baisse n’est pas liée à une pression immobilière globale, mais à la concentration visible des centres d’hébergement.
L’effet s’intensifie lorsque les résidents originaires d’Afrique subsaharienne dépassent la moyenne dans un établissement. Dans ce cas, la décote atteint 4,2 % contre 3 % ailleurs. Les chercheurs soulignent que cette tendance reflète davantage un préjugé racial lié au phénotype qu’un risque criminel estimé. Une étude allemande du choc migratoire de 2015 confirme ce mécanisme : la dispersion des demandeurs d’asile sur plusieurs lieux réduit significativement l’impact sur les loyers.
La France illustre cette logique à un niveau stratégique. Plus de 80 % des centres d’accueil fonctionnent désormais en hébergement « diffus », dans des appartements privés ou des hôtels. Cette approche, loin des bâtiments collectifs massifs, limite l’effet négatif sur les prix locaux.
Le paradoxe persiste : si l’immigration crée une pression générale sur les marchés immobiliers (en hausse de 2,4 % pour les appartements en propriété), l’organisation des centres d’accueil permet de neutraliser cette tendance à l’échelle locale. L’immigration ne réduit donc pas le coût du logement : elle dépend entièrement des politiques d’intégration et de la visibilité des dispositifs d’hébergement.