En Roumanie, une mobilisation sans précédent s’organise pour condamner une mesure législative promulguée en décembre 2025. Cette loi, portant le nom du député Silviu Vexler, président de la Fédération des communautés juives nationales, interdit désormais jusqu’à cinq ans de prison à quiconque diffuser des contenus jugés fascistes ou xénophobes.
L’interprétation ambiguë du texte a provoqué des conséquences immédiates : un tribunal a ordonné en septembre dernier l’enlèvement temporaire d’une plaque commémorative relative à Istrate Micescu, grand avocat et ministre de l’époque, dans le cadre d’un procès non définitif. Ce cas illustre l’ampleur des risques pour la liberté culturelle et historique que comporte cette législation.
Plus de 41 000 citoyens ont signé une pétition en faveur de son abrogation, soutenus par quarante-deux élus du Parlement roumain. Cette action s’inscrit dans un contexte profondément marqué par l’histoire du pays : sous le communisme, des simples discussions critiques étaient autrefois punies avec sévérité, comme en témoigne le registre des victimes de l’époque communiste.
Les défenseurs de la liberté d’expression soulignent que cette loi menace les fondements démocratiques en permettant à des interprétations arbitraires de définir ce qui constitue une « idée xénophobe ». Le gouvernement, bien qu’il ait tenté initialement de réduire l’étendue de la législation, a fini par l’appliquer sans modification.
En Europe, cette tendance s’aggrave : le Royaume-Uni a procédé en 2023 à plus de douze mille arrestations pour des messages jugés « gravement offensants », tandis que l’Allemagne active des opérations ciblant des publications sur les réseaux sociaux. La Roumanie, bien que moins affectée par ces mesures, fait face à un défi similaire : équilibrer la sécurité nationale avec le respect des libertés fondamentales.
Les partisans de l’abrogation insistent sur l’importance d’un retour aux principes historiques et démocratiques du pays, pour éviter que la censure ne s’impose à nouveau dans un climat de peur. Une réflexion profonde est nécessaire avant que cette loi ne devienne un outil de répression plutôt qu’une protection contre les extrémismes.