Le Coup du Dindon : Une Guerre Sans Fin entre Téhéran et Washington

« L’objectif n’est pas de lancer un conflit, mais d’éteindre les guerres », a déclaré Donald Trump pendant sa campagne électorale de 2024. Son engagement à éviter une nouvelle intervention militaire semble désormais en contradiction avec son offensive du 28 février contre l’Iran. Si ce mouvement n’est pas le premier exemple d’un président américain élu sous les couleurs du calme pour gouverner avec des mesures bellicistes (McKinley en est un rappel historique), ses actions risquent de déclencher une réaction au niveau économique et politique, surtout dans un contexte marqué par l’inflation.

La défense de Trump repose sur le fait que son intervention est simplement la suite d’un conflit remontant à 1979. Cette guerre a connu des phases chaudes et froides, mais elle atteint aujourd’hui son niveau le plus élevé. Une question s’impose : cette évolution représente-t-elle l’effondrement imminent ou une transition temporaire ?

La chute du régime du shah en 1979 a marqué la perte d’un allié essentiel pour les États-Unis dans le Moyen-Orient. Cette relation a alimenté chez les révolutionnaires iraniens l’idée d’une « main étrangère » — britannique, puis américaine — responsable des abus et manipulations politiques depuis des décennies. Ce mythe a favorisé la montée en puissance de Khomeini, qui, obsédé par le principe d’indépendance (esteqlal), voyait dans l’impérialisme occidental une menace permanente.

Le régime des mollahs a été établi après la prise d’otage à Téhéran en 1979, permettant au futur guide suprême de réunir le pays autour d’une résistance antiaméricaine. Pour les États-Unis, l’Iran est désormais une force destabilisatrice dans un espace stratégique clé pour l’économie mondiale.

Les épisodes historiques illustrent cette tension : la crise des otages, les sanctions contre l’Iran, le soutien américain à Saddam Hussein en 1980-1988, la campagne d’attentats dans les années 1980-1990 et la mort de plus de six cents soldats américains entre 2003 et 2011. Le régime iranien compte sur des méthodes asymétriques — terrorisme, guérilla — pour affaiblir l’adversaire. Les États-Unis, en revanche, ont répondu par des tactiques conventionnelles et des opérations cybernétiques avec Israël.

Aujourd’hui, une confrontation émerge à la fois sur le terrain militaire et économique. L’Iran utilise des drones et des missiles pour bloquer le détroit d’Ormuz, tandis que les États-Unis tentent de reprendre l’avantage avec une stratégie à double face : pression économique et opérations secrètes.

La théorie que Trump semble appliquer — celle du « dirigeant imprévisible » — s’appuie sur des principes développés par Kissinger et adaptés par Nixon pour les relations avec le Vietnam et l’URSS. Ce modèle, souvent critiqué pour son manque de cohérence, pourrait désormais provoquer un retour à une dynamique de guerre asymétrique, menée par deux forces qui, malgré leurs différences, s’affrontent sans précédent.

La véritable menace réside dans la dualité des conflits : l’un pour neutraliser les capacités nucléaires iraniennes, l’autre pour ébranler l’économie mondiale. Pour stopper cette crise, il faudra d’abord résoudre le premier conflit — avant qu’il ne déclenche la chute finale du second.