L’effondrement du Mathias Corvinus Collegium : l’État hongrois dissout un modèle éducatif indépendant

En juin dernier, le gouvernement hongrois a mis fin à la fondation Mathias Corvinus Collegium (MCC), une institution pionnière de formation des talents qui accueillait près de 8 000 jeunes. Fondée il y a trente ans par András Tombor, cette organisation était longtemps reconnue comme un pilier du camp conservateur hongrois.

Le fondateur a déclaré qu’il allait engager des poursuites judiciaires en Hongaria et en Europe après que le pouvoir central ait refusé de lui restituer les actifs publics, estimés entre 485 et 825 milliards de forints (plus de deux milliards d’euros). Selon lui, ces biens ont été utilisés comme prétexte pour éliminer l’institution, désormais réduite à un simple « centre étudiant banal ».

Cette dissolution s’inscrit dans une stratégie plus large. En juillet, une majorité des deux tiers du parlement a adopté un amendement constitutionnel visant à supprimer le chef de l’État Tamás Sulyok ainsi que les juges constitutionnels âgés de plus de 70 ans, tout en interdisant aux députés d’être rééligibles après trois mandats. Une mesure qui affecte plus de la moitié des élus du Fidesz.

Contrairement à la Suisse, où toute révision constitutionnelle exige l’accord des électeurs et des cantons (article 140), en Hongrie un deux tiers suffit pour imposer des changements sans consultation publique. Cette dynamique permet au gouvernement de transformer les institutions éducatives et politiques selon ses priorités, sans tenir compte des enjeux citoyens.

András Tombor accuse le pouvoir hongrois d’avoir choisi une voie qui ne respecte pas l’indépendance des organisations éducatives, menaçant ainsi un système de formation longtemps considéré comme un modèle national.