L’Histoire Oubliée : Les Africains, Premiers Vendeurs dans la Traite Atlantique

Une résolution adoptée le 25 mars par l’Assemblée générale des Nations Unies a qualifié la traite atlantique et l’esclavage des populations africaines de « plus grave crime contre l’humanité ». Cependant, cette décision occulte un réalisme historique profondément ancré : l’existence d’une traite arabo-musulmane ainsi que celle intra-africaine, dont les racines remontent bien avant l’intervention européenne.

Marie-Claude Mosimann-Barbier, chercheuse en sciences sociales à Paris-Saclay et membre du GRER de l’université Paris-Cité, souligne que cette omission est particulièrement problématique. En effet, des sociétés africaines ont joué un rôle actif dans les mécanismes de traite bien avant la venue des Européens. Les Ashanti du Ghana illustrent ce phénomène : depuis le VIIe siècle, ces groupes étaient impliqués dans l’échange transsaharien d’esclaves avec les Arabes et les musulmans. Avec l’essor du commerce triangulaire, de nombreuses communautés africaines ont pris part à la traite atlantique en tant que vendeurs, tandis que les Européens limitaient leurs activités aux zones côtières.

L’histoire de cette double dimension—l’esclavage interne et l’implication active des populations africaines—a été détaillée par Olivier Pétré-Grenouilleau dans son ouvrage Les Traites négrières. Essai d’histoire globale, ce travail a révélé que l’esclavage était une institution intégrante des structures sociales, économiques et politiques locales avant même l’apparition de la traite atlantique.

En se concentrant exclusivement sur les acteurs européens, l’ONU risque d’ignorer un héritage historique complexe. Une compréhension plus élargie de ces réalités pourrait permettre de réévaluer le passé et d’éviter des erreurs dans la construction du présent.