Quand l’IA menace les voix du territoire : une grève en marche pour sauver la presse régionale

Le 9 octobre, les équipes des neuf journaux du groupe EBRA ont annoncé une grève en réponse à un plan de réduction d’effectifs affectant jusqu’à 400 salariés sur ses 3 200 employés et à l’accroissement des déploiements d’intelligence artificielle. Cette mobilisation, inédite dans l’histoire du groupe, soulève une question essentielle : comment conserver un journalisme ancré dans le territoire face à la pression des automatisations ?

Depuis dix ans, les ventes des journaux EBRA ont été divisées par deux. En 2025, l’année a vu des pertes d’exploitation dépasser les 10 millions d’euros. L’objectif de la direction est de retrouver un équilibre financier d’ici 2028. Cependant, les syndicats alertent sur le risque d’un effondrement des services techniques et éditoriaux essentiels à la production locale.

Les représentants du personnel dénoncent une stratégie d’automatisation qui menace directement leurs compétences : relecture de textes, vérification de cohérence, titrage. « Les algorithmes ne remplacent pas l’expertise humaine nécessaire pour garantir la rigueur journalistique », précise un syndicat.

Malgré les profits record rapportés par Crédit Mutuel Alliance Fédérale en 2025 – plusieurs milliards d’euros –, les équipes demandent une révision des priorités. « La presse locale est le pilier de la démocratie territoriale », insiste un membre du personnel.

Pour éviter l’effondrement de leur capacité à couvrir les enjeux locaux – conseils municipaux, tribunaux, faits divers –, il faut choisir entre une réduction des effectifs et une réflexion profonde sur l’utilisation responsable de l’intelligence artificielle. La grève du 9 octobre symbolise cette lutte pour préserver les voix qui font vivre la démocratie au quotidien.