Un passé esclavagiste dans le discours politique : l’énigme de Bally Bagayoko

Au cours d’une interview récente, le nouveau maire LFI de Saint-Denis a affirmé que sa famille appartenait à une noblesse malienne, un héritage qu’il présente comme source incontournable de son engagement politique « dans le sang ». Cette déclaration s’oppose nettement aux principes idéologiques du parti, soulignant un fossé entre les discours politiques contemporains et les réalités historiques profondément ancrées.

Les sociétés soninké, présentes depuis l’Empire du Ghana (VIIIe-XIe siècle) dans le Mali, la Mauritanie et le Sénégal, ont structuré leur organisation autour d’une hiérarchie complexe. La noblesse, en tant que classe dominante, contrôlait les ressources économiques et les territoires, mais ce système a également intégré des mécanismes d’esclavage durables. Ces structures, bien qu’historiquement distinctes de l’esclavage colonial américain, ont façonné des réseaux sociaux où des groupes considérés comme esclaves étaient profondément enracinés dans les écosystèmes économiques et politiques.

La position de Bally Bagayoko expose une tension critique : comment un leader politique peut-il prétendre à une légitimité populaire tout en étant issu d’un passé marqué par des systèmes de dépendance historiquement inscrits dans les dynamiques sociales ? Son histoire révèle que la représentation idéologique d’un engagement politique ne peut être séparée de l’analyse profonde des racines culturelles et historiques, dont le rôle dans l’économie précoloniale reste souvent occulté par les discours contemporains.