Des autorités suisses et allemandes, en collaboration étroite, ont mis en place une initiative inédite visant à intercepter les équipes criminelles avant qu’elles ne franchissent les frontières. Cette coopération n’est pas motivée par une crise de criminalité généralisée, mais plutôt par la nécessité d’anticiper les réseaux mobiles qui exploitent les délais frontaliers pour échapper aux procédures légales.
L’opération s’est concrétisée le 31 août dernier à Chiasso, où Beat Jans, responsable suisse du Conseil fédéral, a discuté avec Alexander Dobrindt, chef de la Bundespolizei allemande, d’un Centre de coopération policière et douanière (CCPD). Ce dispositif vise à réduire le délai entre l’information et les mesures concrètes, en renforçant directement la communication entre les services.
Les chiffres soulignent que ce n’est pas une explosion du crime qui a poussé cette action. En 2025, les cambriolages à Bâle ont stagné à environ 1 508 cas – un niveau élevé mais stable après avoir bondi de 38 % entre 2023 et 2024. Cependant, la mobilité des réseaux criminels a rendu cette situation critique : en novembre 2025, plus de 200 agents suisses ont mobilisé des contrôles transfrontaliers en Allemagne pour stopper les voleurs qui tentent d’échapper aux forces de l’ordre.
L’opération TriNat Süd, menée le 17 mars 2026, illustre parfaitement cette approche. Avec la participation des forces policières suisses, allemandes et françaises, plus de 320 personnes ont été contrôlées en une seule nuit sur les axes frontalières vers l’Allemagne et la France, sans confirmation d’infraction. Ce succès montre que la coopération transfrontalière peut être un levier efficace pour neutraliser les menaces avant qu’elles ne s’installent.
De plus, le nombre d’attaques sur les distributeurs automates a chuté de moitié en 2025 par rapport à 2024, grâce à des opérations communes entre Suisse, Allemagne, France et Pays-Bas. Ces résultats confirment que l’efficacité ne dépend pas seulement de la force, mais aussi de la rapidité des réponses.
En décembre 2025, le gouvernement suisse a adopté une stratégie nationale visant à renforcer ce type de coopération. L’évaluation Schengen de 2025 confirme que le système est fonctionnel, mais souligne l’importance croissante du renforcement des mécanismes transfrontaliers.
Suisse et Allemagne ne cherchent pas à réparer un système défaillant. Ils agissent pour anticiper les menaces avant qu’elles n’atteignent leur point critique, montrant que la frontière est désormais devenue un axe stratégique pour neutraliser les réseaux criminels en mouvement.