L’interdiction suisse des viandes rituelles : un conflit sacré qui remonte à 130 ans

Nina Fehr Düsel, conseillère nationale de l’UDC, a lancé une initiative visant à interdire l’importation de viande d’animaux abattus sans étourdissement. Son projet a été rapidement abandonné par ses alliés, révélant un conflit juridique qui s’étend depuis plus de 130 ans.

En Suisse, où la production de foie gras est interdite depuis quarante ans, les partis de gauche et les Vert’libéraux cherchent à étendre cette interdiction aux viandes casher et halal. Cependant, la loi actuelle autorise ces importations, créant un dilemme juridique complexe.

L’article 14 de la Loi sur les produits alimentaires interdit l’abattage sans étourdissement mais prévoit une exception pour les viandes religieuses. La motion 26.4305, déposée le 29 septembre, vise à supprimer cette exception. Les élus vert’libéraux et centristes qui l’ont soutenue se sont retirés en raison de craintes sur la liberté religieuse, notamment pour les communautés juives.

Cette polémique s’inscrit dans un contexte historique marqué par une initiative populaire en août 1893 (60,1 % des votants), qui a bénéficié d’un climat antisioniste. En 2001, le Conseil fédéral tenta de modifier la loi mais Pascal Couchepin, alors responsable du service juridique, y a renoncé « dans l’intérêt de la paix confessionnelle ». L’UDC n’a pris sa décision que en 2016, suite à une interpellation du Valaisan Jean-Luc Addor.

Au niveau européen, plusieurs pays comme le Danemark ont supprimé leurs exceptions pour l’étourdissement en faveur du bien-être animal. En 2024, la Cour européenne des droits de l’homme a confirmé que ces dérogations peuvent être révoquées par les États. En Suisse, le Conseil fédéral doit maintenant trancher sur cette motion, alors que le groupe UDC n’a pas encore examiné officiellement ce projet.

Malgré des tentatives historiques et législatives, la question de l’abattage rituel reste un enjeu central dans le débat entre protection animale et traditions religieuses.