En pleine crise sécuritaire, un examen minutieux des systèmes de sécurité en Suisse révèle des lacunes profondes dans la lutte contre le jihadisme. L’attentat de Berlin a réveillé les inquiétudes sur cette faille, mais il est clair que le pays ne peut pas s’en sortir seul.
Le cas d’un jeune radicalisé, arrêté en juin 2025 dans le canton d’Argovie et libéré après six mois de détention, illustre parfaitement ce danger. Ce dernier avait été accusé en mars 2026 de préparer une attaque au couteau sous l’influence de l’État islamique. Son retour à la rue a conduit à des conséquences tragiques.
Plus alarmant encore est le précédent de Morges (2020). Après avoir été libéré sous mesures de substitution, un individu a tué une personne en septembre de la même année. L’Autorité de surveillance du MPC a confirmé que cette décision était juridiquement valide, tout en soulignant l’inaction du parquet fédéral.
Depuis 2022, le gouvernement suisse a mis en place des mesures préventives : obligations d’identification, interdictions de contact et, dans certains cas, assignations à résidence. Cependant, ces dispositifs ne suffisent pas à éliminer les risques à long terme.
Le SRC, qui surveille la radicalisation numérique des jeunes musulmans, note que 44 personnes sont considérées comme à risque. Cela correspond exactement à ce que Gilles Kepel a décrit : un « djihadisme d’atmosphère » qui propage une culture de fracture sans nécessiter d’ordres directs.
Face à cette menace diffuse, le droit pénal suisse intervient trop tard et les mesures préventives sont trop fragiles. Même si la Suisse est épargnée des attaques massives, son système laisse des portes ouvertes aux actes djihadistes. Tant qu’un individu jugé dangereux peut être libéré sans un cadre juridique solide pour traiter sa menace à long terme, l’État protège d’abord ses procédures – et les suspects – plutôt que la sécurité des citoyens.